25/01/2008


Vaïhéré - 24 janvier 2008 / 43e jour d´expédition

Dans le sillage des baleiniers

A bord d´Okolé, l´expédition a de nouveau franchi les 530 milles du redouté passage du Drake, en quatre jours et quatre nuits. Juste à temps pour éviter les rafales de vent annoncées par le routeur. Le voilier mouille à l´archipel de Melchior, ancien refuge de baleiniers dans la mer de Gerlache. 

Jeudi 17 janvier 2008, Puerto Toro, 9°C. L'accalmie annoncée la veille a presque douze heures de retard. Vaihéré, L'Ile d'Elle et Okolé ont prévu de se retrouver à 4h du matin pour un dernier café ensemble, mais surtout pour larguer les dizaines de bouts (cordages) qui les retiennent dans la baie de Puerto Toro. Pour les trois bateaux, ce sont quatre aussières (gros cordages utilisés pour l´amarrage) de plusieurs centaines de mètres qui partent à terre, puis les innombrables amarres de garde et de pointe. Lorsque sonne 4h, les rafales violentes et la pluie contraignent les voiliers à reporter le départ. A 8h, l'Ile d'Elle et Okole larguent les amarres. Cap au sud pour le passage de Gorée, en longeant l'île Lennox et ses ex-chercheurs d'or. 

Vol de cafetière et remue-méninges à bord d´Okolé 

"Nous tirons des bords avec un vent soutenu, mais à l'abri sous le vent des îles Wollaston, la mer est très praticable. L'Ile d'Elle est déjà loin devant nous et Vaihéré annonce son intention de relâcher derrière le Cap Horn. Une menace de coup de vent pour l'arrivée sur la péninsule antarctique freine un peu notre entrain à partir pour plusieurs jours de cravache. Un ris dans la grand'voile et la trinquette envoyée, la toile est au minimum, ce qui n'empêche pas la cafetière de voler dans un fort coup de gîte, du poêle vers l'autre bout du carré. Aucun blessé déclaré." 

Il faudra une journée au voilier pour s´extraire de la baie de Nassau puis longer l´archipel de Wollaston qui comprend, à son extrémité sud, Isla Hornos (Horn). L'ultime cap n´est atteint qu´en soirée. Pierre Lasnier, le routeur d´Okolé transmet depuis la France les dernières infos météo : le 23 janvier, un nouveau front arrive qui empêchera toute traversée vers l´Antarctique. Il n´y a guère de choix : Okolé doit partir maintenant, au risque d´être bloqué toute une semaine au Cap Horn. 

Le bateau avance convenablement. D´ici deux heures, le vent descendra sous les 35 noeuds (64 km/h). C´est le moment de retrouver le seul coin chaud à bord : la gamelle. Les quarts s'organisent pour la nuit, d´une heure trente chacun. La veille se fait dans la descente du carré, à l'abri du "Choubi", une capote rigide qui protège de la pluie et du vent. 

Quart de Pierre, 1h du matin, 5°C, vent d'Ouest mollissant 15 à 20 noeuds. "Le bateau fait route au travers et quitte le plateau continental. Il n´y a plus 100 mais 3000 mètres sous la quille ; la mer est moins confuse. La nuit est tombée et tout le monde dort. La veille est un moment particulier où le sommeil de chacun des équipiers repose sur la vigilance d'un seul. Les étoiles, Orion et sa bande, au gré des cavalcades des nuages nous saluent. Vitesse 6 noeuds (11 km/h), au 168 degrés, 1002 hectopascal, 56°44 sud, 66°37 ouest." 

Vendredi 18 janvier, passage du Drake favorable 

Aucun navire en vue depuis le cap Horn, seuls les albatros accompagnent Okolé toutes voiles dehors. L'allure est confortable, la mer praticable, le passage de Drake est donc favorable. Un vent régulier pousse le voilier vers le sud. Le froid devient plus mordant (le thermomètre est figé à 6°C) tandis que le soleil ne daigne plus se montrer depuis le départ. Le ciel est bas et gris. Malgré cela, les panneaux solaires permettent d´économiser la consommation électrique du bord et du pilote automatique. A cause du froid, la respiration emplit l´intérieur du bateau d´une condensation importante. Le baromètre baisse. 

Dimanche 20 janvier, froid vif et forts coups de vent 

Le vent forcit et la mer est plus agitée que les jours précédents. Une crête se forme au sommet des vagues qui, lorsqu´elles viennent battre contre le flanc, balaient entièrement le pont. "Deux ris-trinquette, le bateau se barre avec plaisir, mais le froid tenace oblige à des rotations toutes les heures, pour se décongeler les mains et les pieds. Le bateau avance bien et c'est bon. Les albatros et les damiers du cap sont à portée de bras, ils semblent insensibles au froid et insouciants du vent, ils s'en amusent et nous gratifient de leurs cabrioles aériennes." Ces nouveaux amis avertissent l´équipage que la terre n´est plus loin. En soirée, le vent retombe et oblige Okolé à allumer le moteur. Mais à l´approche de l´archipel Melchior, point d´atterrissage en Antarctique, le voilier repart sous voile. 

Lundi 21 janvier, archipel de Melchior 

Minuit, 2°C. "Le froid ambiant nous signale que nous sommes arrivés sur ce continent incroyable qui diffuse... un je-ne-sais-quoi...". Deux heures plus tard, le soleil pointe déjà au-dessus des sommets de l´île. Quelques gros glaçons flottant ici et là rappellent à la vigilance. Les dômes de neige sur les îles, la houle qui disparaît, le bateau à nouveau à l´horizontale... C´est l´Antarctique ! Il est 5h du matin, champagne pour le Drake et pour l'allumage du chauffage à bord d'Okolé ! 

Au milieu du Drake, la nuit dernière, une tempête soufflait à plus de 100 km/h avec des pointes à 90 noeuds (166 km/h) et des creux de 8 mètres... 

Le Français : journal de bord du Commandant Jean-Baptiste Charcot

29 janvier 1904. Passage du Drake. Il brouillasse avec vent d´ouest, nord-ouest. C´est l´ignoble temps que nous appelons boucaille dans la Manche, la houle est toujours grosse, l´air est à + 6°, l´eau de la mer à + 4°, on se sent trempés malgré les cirés, tout semble mouillé à bord, mais nous marchons bien, toutes les voiles dessus et en bonne route. 

30 janvier 1904. La nuit a été extrêmement dure, la mer très grosse brise avec violence, elle écaille, comme disent les marins et un navire moins bon que le nôtres erait en mauvaise posture (...) Avec le fixe, la trinquette, un foc et la misaine de cap, en veillant oour bien prendre les coups de mer, nous fuyons sans trop sortir de notre route. C´est une bonne épreuve, tout tient bien. "Y´a du bon". 

Parti le 28 janvier, Le Français atteint l´île Smith, au nord-est de l´archipel de Melchior, le 1er février 1904. 

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