03/01/2008


Vaïhéré - 2 janvier 2008 / 21e jour d'expédition

Premiers contacts sur la banquise

Rencontre avec les manchots, visite des bases scientifiques de Vernadsky et de Palmer... Après une dizaine de jours de reconnaissance et de repérage sur le continent blanc, l´équipage du Vaïhéré s´apprête à regagner Ushuaïa. 

Arrivée prévue le 5 janvier avant le départ, quelques jours plus tard, du second voyage. 

Ah, la météo antarctique ! Vendredi 21 décembre : «Quatre saisons dans une seule journée ! Neige, vent, pluie... Ici, le rythme change rapidement». Voici deux jours que l´équipage du Vaïhéré côtoie le continent blanc. La veille, le voilier a quitté l´archipel de Melchior pour Port Lockroy au sud. Après une journée de navigation dans un paysage enserré de montagnes, l´équipage a jeté l´ancre en fin d´après-midi. Sur place, un voilier, Spirit of Sydney, rassure l´équipage du Vaïhéré quant à l´état des glaces au sud. «Rien à craindre pour notre progression, la voie est libre dans le secteur que nous visons». À terre, «nous visitons une base britannique implantée sur le site découvert par Charcot. Le lieu est conservé comme au temps des premiers hivernants : cuisine en état, boîtes de conserve sur les étagères... Tout d´époque.» Dehors, la première rencontre avec les manchots se veut marquante. «Une véritable basse-cour», mais surtout, «une odeur tenace, due à leur alimentation composée de crevettes : le krill». Une reconnaissance des lieux en raquettes dans les hauteurs qui surplombent la baie, puis retour au voilier. «Ce soir, c´est le solstice d´été. Lumière de minuit.» Le lendemain, le voilier quitte Port Lockroy pour l´île Wandel où Charcot fit son premier hivernage de 1904 à 1905. Au sommet de la colline, un amas de pierres artificiel, le cairn, en conserve le souvenir. «Samedi 22 : quittons l'île Pleneau avec le voilier pour nous rapprocher de l'île Wandel. Repérage pour des photos futures. Blocs de granit. Paysage minéral, en noir et blanc. Neige, neige, neige. Retour au mouillage, il faut quitter les lieux, l'ancre ne tient pas sur les fonds de pierre lisse (baie de Salpetrière).» 

"Esprit feutré et chaleur du carré" 

Dimanche 23. Il neige sur l´île Pleneau. «Première demie-journée off depuis notre arrivée à Ushuaïa. Chaque jour se remplit tellement vite des obligations du bord. Dans le voilier, esprit feutré et chaleur du carré.» Lundi 24. La neige s'est calmée. Départ pour les îles Argentine et la base Vernadsky. «En route, nous longeons l'île Petermann où Charcot a passé son second hivernage, de 1909 a 1910, à bord du voilier le Pourquoi-Pas.» Sur la côte, une cabane de pierre ; sur les hauteurs, un cairn. «Nous reviendrons : ce soir, il nous faut nous amarrer aux îles Argentine. Arrivant sur place, un voilier est au mouillage depuis quelques instants. Longues manoeuvres pour un amarrage sûr». À proximité de la base ukrainienne Vernadsky, l´accueil des hivernants, arrivés il y a dix mois, est chaleureux. «Soirée en leur compagnie. Ils reçoivent les deux premiers voiliers de la saison. Ils nous racontent les conditions d'hivernage, l'isolement, la nuit de l'hiver, pendant laquelle, avec le vent, le froid ressenti a atteint -38°C. Aujourd'hui, le vent donne environ -6°C de froid». 

Mardi 25. Noël à Vernadsky. «Nos bottes sont au pied d'un sapin installé dans le carré. Visite de la base en fin de matinée. Les 14 Ukrainiens (8 scientifiques et 8 logisticiens) y étudient essentiellement la géophysique. C'est dans cette base que le trou de la couche d'ozone a été découvert dans le milieu des années 80. Aujourd'hui encore, les observations ont lieu quotidiennement, toutes les trois heures, voire quasiment en permanence lorsque l'état du ciel le permet.» 

En route vers le nord 

Mercredi 26. Après avoir atteint le point le plus au sud de son parcours, le Vaïhéré fait route vers le nord. Passage par le canal Lemaire aux versants abrupts de plus de 1.000 mètres. D'un côté, le continent (Terre de Graham) ; de l'autre, le versant Est de l'île Wandel. «Navigation au milieu du floe (des fragments plats de banquise) qui ralentit notre progression. Au détour d´un petit iceberg, nous pouvons observer un léopard de mer, allongé de tout de son long. Sa robe, une fourrure grise métallique, et son museau carnivore font de lui le second grand prédateur de la Péninsule (après l'orque), et le plus sauvage de la famille des phoques». 

Jeudi 27. Sur l´île Anvers, la base américaine de Palmer travaille en collaboration avec la base Mac Murdo, située en mer de Ross, au pied du volcan Erebus. Cette base scientifique héberge une trentaine de personnes l'été, moitié moins l'hiver. Elle donne un aperçu des disciplines étudiées par les scientifiques depuis les premières expéditions antarctiques du début du XXe siècle. De très gros moyens sont employés pour mener les études de la National Science Foundation : glaciologie, sciences de la terre, astronomie, étude de la haute atmosphère et des climats, géologie marine, biologie marine et océanographie, recherche médicale. «Nous pouvons écouter un exemple d'activité orageuse des Etats-Unis (car pas d'orage en Antarctique, ce qui donne un recul unique au monde pour l'observation des orages de la planète)». 

Apparition troublante 

«Nous appareillons dans l'après-midi, malgré la baisse du baromètre. En effet, nous devrons affronter un fort vent de nord-est pour nous diriger vers la base chilienne Videla, qui, encombrée d'icebergs, ne nous permettra finalement pas de mouiller. Nous reprenons donc la mer pour une partie de la nuit, glaciale». 

À 4h du matin, le Vaïhéré arrive à l´île Enterprise. Amarrage à couple du Governoren, l´épave d'un baleinier du début du XXe. 

La journée du vendredi 26 est consacrée à la réparation du gouvernail du kayak amarré sur le pont, à l´avant du bateau. Et puis, cette «apparition troublante dans la baie embrumée : un trois-mats hollandais, l'Europa... On dirait que le Pourquoi-Pas est revenu en Antarctique». 

Dimanche 30. «Le baromètre baisse. Ici, le mouillage est sûr. Nous y restons pour laisser passer la dépression annoncée. Nous remonterons vers le nord dès la fenêtre favorable pour franchir le passage de Drake. Retour prévu à Ushuaïa le 5 janvier, où nous resterons quelques jours le temps de refaire un approvisionnement, changer de voilier et embarquer Siegfried, notre troisième équipier, pour revenir en Péninsule.» 

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